Chacun sait qu’Hitchcock est le metteur en scène des regards dans Rear Window, Vertigo et Psycho. Mais je voudrais remonter aux origines et à la période du muet, à une époque où il veut déjà ‘filmer la pensée’. Il me semble en réalité qu’Hitchcock est passé des simples procédés de virtuosité technique à une maîtrise progressive des regards, jusqu’à ce que les regards eux-mêmes deviennent un des thèmes centraux des films de la maturité. C’est cette évolution qui me servira de plan : je vais d’abord revenir sur la syntaxe des regards telle qu’Hitchcock l’illustre et amorcer une réflexion sur le site du regard ou plutôt sur la chaîne des regards au cinéma. J’ébaucherai ensuite l’évolution historique de l’art de ‘filmer la pensée’ chez Hitchcock et je finirai par le regard considéré comme un thème de ses films. Mais je devrai alors me limiter à deux questions : a) qui (homme ou femme) regarde qui dans cette chaîne ? b) entre désastre et désir, quelle est la place de la réalité et celle du fantasme ?

 

Il est possible de suggérer une syntaxe des regards par l’exemple : Psycho, 39 Steps et Notorious :

 1 – La complexité d’un seul regard : Psycho (1960).